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Risques des nuits trop chaudes...

Extrait du JIM du 25 juillet 2024

Quand la chaleur nocturne fait grimper le risque d’AVC

 

Philippe Tellier | 25 Juillet 2024

Le dérèglement climatique est à l’origine d’une multiplication des vagues de chaleur et des canicules dont les conséquences sanitaires à l’échelon mondial sont de jour en jour plus évidentes. La chaleur extrême est un facteur majeur de morbimortalité, a fortiori quand elle combine ses effets néfastes à ceux d’autres facteurs de risque déjà à l’œuvre, qu’il s'agisse d’une hypertension artérielle, d’une hypercholestérolémie, d’un diabète, d’un tabagisme ou encore d’un alcoolisme.

Dans ces conditions, on peut craindre une action synergique de la chaleur extrême et des autres conditions défavorables, tout particulièrement chez le sujet âgé. 

L’étude d’Augsbourg (Allemagne)

Cela vaut notamment pour le risque de syndrome coronarien aigu, mais aussi pour le risque d’accident vasculaire cérébral (AVC), comme le suggèrent les résultats d’une étude allemande menée dans la région d’Augsbourg sur une période de 15 ans. L’exposition à une chaleur nocturne extrême a été particulièrement étudiée à juste titre, car cette dernière se concentre dans les ilots de chaleur urbains des métropoles où il fait de moins en moins bon vivre (ou survivre). 

La méthodologie un peu complexe repose sur une analyse cas-témoins stratifiée dans le temps et croisée, couplée à un modèle non linéaire à décalage distribué, l’objectif étant d’évaluer le risque d’AVC associé à la chaleur nocturne extrême prise en compte au travers de l’indice dit HNE (Hot Night Excess), calculé entre les mois de mai et d’octobre.

Les données météorologiques ont été enregistrées par une station météo locale entre 2006 et 2029, de sorte que l’analyse statistique a pris en compte nombre de facteurs de confusion potentiels, tels les variables climatiques incluant, de fait, la température maximale quotidienne.

C’est ainsiqu’ont été dénombrés11 037 AVC survenus à un âge moyen de 71,3 ans au cours des mois de l’année les plus chauds. Il s’agissait majoritairement d’AVC constitués, ischémiques (n=7430) ou hémorragiques (n=642), les accidents ischémiques transitoires (AIT) représentant le reste de la cohorte (n=2947). 

Stress thermique nocturne : risque accru d’AVC

Les nuits les plus torrides, définies par un HNE particulièrement élevé (97,5ème percentile de l’indice) pendant toute la période de l’étude ont été associées à un risque accru d’AVC, l’odds ratio correspondant étant estimé à 1,07 (IC 95 % 1,01 à 1,15) pour atteindre 1,33 (IC 95 % 1,18 à 1,50) entre 2013 et 2020.

Comparativement à la période 2006-2012, le risque lié à la chaleur nocturne s’est avéré significativement plus élevé (p < 0,05) au cours de la période 2013-2020, tout particulièrement pour ce qui est des AVC ischémiques, les sujets âgés et les femmes apparaissant plus vulnérables. Il en a été de même en cas d’antécédents d’AIT ou d’AVC mineurs. Plus clairement, la chaleur nocturne extrême aurait été à l’origine de deux AVC annuels de plus entre 2006 et 2012, versus 33/an au cours de la période qui a suivi.

Cette étude qui a ses limites, du fait de sa méthodologie complexe et de son caractère rétrospectif, n’en est pas moins édifiante. Un atout indéniable, c’est d’avoir adopté le principe de l’essai croisé, chaque participant étant son propre témoin, ce qui élimine bon nombre de facteurs de confusion individuels. 

Ses résultats vont au demeurant dans le sens des données épidémiologiques recueillies lors des vagues de chaleur et a fortiori des canicules, lesquelles sont à l’origine d’une abondante littérature. La chaleur nocturne extrême s’avère critique pour le système cardiovasculaire et la circulation cérébrale, notamment chez les plus vulnérables.

Un signal de plus pour changer les habitudes et les règles en matière d’urbanisme… dans la mesure du possible. La climatisation des lieux de vie, quand elle est accessible, est évidemment une solution, à la condition de ne pas aggraver le dérèglement climatique qui n’a pas besoin de cet aiguillon pour poursuivre son chemin. 

References

He C, Breitner S, Zhang S, et al. Nocturnal heat exposure and stroke risk. Eur Heart J. 2024 Jun 28;45(24):2158-2166. doi: 10.1093/eurheartj/ehae277. 

Date de dernière mise à jour : 26/07/2024

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