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Maltraitances et spermatozoïdes

Article du Journal International de la Médecine du 3 avril 2025

La martraitance infantile laisse une trace épigénétique dans les spermatozoïdes

 

Dr Ophélie Henry | 03 Avril 2025

Les expériences négatives de l’enfance comprennent les préjudices qui affectent les enfants indirectement par leur environnement de vie (par exemple, conflit parental, toxicomanie ou maladie mentale) ou directement (maltraitance et négligence).

L’exposition à des maltraitance infantiles est associée à un risque à long terme de conséquences sur la santé des individus exposés. A l’échelle mondiale, 12 % des adultes rapportent des abus sexuels dans l’enfance, et 23 % un abus physique.

Des études animales suggèrent que l'exposition à des maltraitances infantiles pourrait également influencer la santé et le comportement de la génération suivante via les modifications épigénétiques dans la lignée germinale.

Un étude cas-témoins avec analyse de l’épigénome des spermatozoïdes 

Des chercheurs ont exploré l’association entre le stress en début de vie et l’épigénome des spermatozoïdes chez les individus ayant des antécédents d’exposition à des maltraitances infantiles. 

Entre 2011 et 2015, des participants ont été recrutés à 12 semaines de gestation dans des maternités finlandaises pour intégrer la cohorte FinnBrain Birth Cohort Study. L’exposition à des maltraitances infantiles était évaluée à l’aide du questionnaire TADS remplis par les futurs pères selon le recrutement initial, à 14 semaines de gestation.

Le TADS comprenait 5 domaines principaux : négligence émotionnelle, abus émotionnel, négligence physique, abus physiques et abus sexuel. Ici, c’est l’exposition cumulée à l’âge de 18 ans qui a été calculée. De nouvelles données ont été collectées au cours des visites qui ont eu lieu entre février 2019 et juillet 2021. Le taux de recrutement pour les visites fut de 59,6 %.

Au total, 75 hommes ont participé à l’étude. Les échantillons de sperme de 58 individus avec des scores TADS allant de 0 à 78 ont été traités. L’expression sncARN a été cartographiée avec 30 échantillons ayant subi un séquençage small RNA, et 55 ayant été analysés par séquençage RRBS pour identifier le schéma de méthylation de l’ADN (27 échantillons se croisant). 

Les symptômes de dépression étaient évalués à l’aide du questionnaire EPDS et les symptômes d’anxiété par l’échelle d’anxiété du SCL-90. La consommation d’alcool était quantifiée par un questionnaire structuré, selon la quantité moyenne d’alcool ingérée par semaine.

Le tabagisme actif était évalué selon une variable binaire de type oui/non. L’IMC était obtenu par la mesure de la taille et du poids au cours des visites.

Quand leur enfant avait environ 9 ans, les pères de la cohorte qui correspondaient aux critères cas-témoin (groupe contrôle RADS ≤ 10 ; groupe cas TADS ≥ 39) étaient invités à une visite d’étude distincte. Pendant ces visites les pères ont rempli les questionnaires susmentionnés.

Un lien entre maltraitance infantile et modification de l’épigénome germinal prouvé 

Les résultats de l’étude ont montré que l’exposition à des maltraitances infantiles était associée à un profil modifié sncARN dans les spermatozoïdes. Les auteurs ont identifié trois régions génomiques présentant des méthylations différentes entre les TADS faibles et élevés, ainsi que 68 petits ARN dérivés d’ARNt (ARNts) et miARN présentant des niveaux différents chez les hommes ayant été exposés à des maltraitances infantiles avec TADS élevé (taux de fausses découvertes, p corrigé < 0.05).

Les associations à l’exposition à des maltraitances infantiles résistaient globalement aux potentiels facteurs de confusion dans les analyses multivariées (volume de l’échantillon de sperme, concentration du sperme, âge, IMC, tabagisme, consommation d’alcool, symptômes dépressifs, symptômes anxieux).

Par ailleurs, les résultats ont permis d’identifier différentes expressions de miRNA hsa-mir-34c-5p et différents niveaux de méthylation près des gènes CRTC1 et GBX2, qui sont connus pour contrôler le développement cérébral.

Parmi les limites de l’étude, il faut retenir la taille modeste de l’échantillon modeste, l’absence de quantification des erreurs de mesure et la fiabilité test-retest de l’épigénome des spermatozoïdes, les possibles biais de mémorisation du fait du recueil rétrospectif de l’exposition à des maltraitances infantiles, et l’homogénéité de la population source (participants scandinaves).

En revanche, il n’y a pas eu de confusion avec les marqueurs épigénétiques d’infertilité. En effet, le sperme était collecté sur des hommes dont la fertilité était prouvée, c'est-à-dire après qu’une grossesse ait été obtenue. 

En conclusion, ces résultats prouveraient que le stress dans l’enfance influence l’épigénome germinal paternel et pourrait agit sur la modulation du développement du système nerveux central de la prochaine génération. 

References

Tuulari JJ, Bourgery M, Iversen J, et al. Exposure to childhood maltreatment is associated with specific epigenetic patterns in sperm. Mol Psychiatry. 2025 Jan 3. doi: 10.1038/s41380-024-02872-3.

Date de dernière mise à jour : 05/04/2025

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